Le Stalag XII-E fait partie du système de camps de prisonniers de guerre (Stammlager) du Wehrkreis XII, dont le siège est à Wiesbaden. Il est installé à Metz, au fort de Queuleu, dans une Moselle annexée de fait au Reich à l’été 1940.
Chronologie du site de Queuleu et du Stalag XII-E :
– Juin 1940
Le fort de Queuleu est réoccupé par l’armée allemande juste après la campagne de France. Il sert immédiatement de camp de détention pour prisonniers de guerre.
– 20 juillet 1940 – 2 décembre 1940 : Frontstalag 212
Le camp fonctionne sous l’appellation Frontstalag 212. On y interne surtout des prisonniers français et belges, notamment issus du secteur fortifié de la ligne Maginot (Crusnes).
– 3 décembre 1940 – début 1941 : Frontstalag / Stalag XII-E
Le 3 décembre 1940, le camp change d’appellation et devient Frontstalag XII-E (les sources emploient ensuite le terme Stalag XII-E).
– Début 1941 – fin 1941 : Kommando 90 du Stalag XII-F
Au cours de 1941, les prisonniers français sont progressivement transférés vers des Stalags plus à l’est (Sarre, Trèves). Ils sont remplacés par des prisonniers yougoslaves affectés au travail agricole dans la région. Le camp de Queuleu devient alors le « Kommando 90 » du Stalag XII-F, dont le siège se trouve à Saarburg puis Bad Saint-Jean/Forbach.
Dans l’administration générale des camps, Stalag XII-E subsiste encore comme entité : des travaux allemands indiquent qu’il est rattaché au commandement des prisonniers de guerre du Wehrkreis I le 26.09.1941, puis officiellement dissous le 4.09.1942.
– 1942 : kommandos de travail
Après le transfert de la fonction de Stalag vers XII-F, le fort sert de kommando de travail dépendant de la prison du Grand Séminaire de Metz, notamment pour la construction d’entrepôts et divers travaux (1942-1943).
– 1943-1944 : annexe de camp de concentration et Sonderlager
À partir d’août 1943, le camp devient une annexe (Außenkommando) du camp de concentration de Natzweiler-Struthof (Bas-Rhin), avec environ une centaine de détenus affectés à divers travaux (aérodrome de Metz-Frescaty, école de transmissions SS, etc.).
Entre le 12 octobre 1943 et le 17 août 1944, une partie du fort est en plus transformée en camp spécial (Sonderlager) de la Gestapo de Metz, surnommé « l’Enfer de Queuleu », par lequel passent 1500 à 1800 prisonniers politiques (principalement des Mosellans résistants, réfractaires, otages), avant déportation vers Natzweiler, Dachau, Schirmeck, etc.
En résumé :
– 1940-début 1941 : Frontstalag 212 puis Stalag XII-E (fonction principale de camp de prisonniers de guerre).
– 1941-1942 : Kommando 90 du Stalag XII-F (prisonniers yougoslaves, travail agricole), puis dissolution administrative du Stalag XII-E.
– 1942-1944 : le site reste un lieu d’internement, mais sous d’autres statuts (prison de la Gestapo, kommando du Struthof, Sonderlager). Le nom « Stalag XII-E » n’est plus utilisé, mais le lieu reste un camp jusqu’en 1944.
Statut des Mosellans dans les camps allemands:
La Moselle est annexée de fait au IIIe Reich à l’été 1940 (rétablissement des frontières de 1871, rattachée au Gau Westmark). Les habitants ne sont plus considérés comme « Français occupés », mais comme population à germaniser.
Les autorités nazies mettent en place une politique de classification :
– Reichsdeutsche : Allemands de plein droit.
– Volksdeutsche : « d’origine allemande » (deutschstämmig), censés être assimilables.
– Français / étrangers : à évincer ou à marginaliser.
Pour les soldats faits prisonniers en 1940, cela a une conséquence directe :
Les prisonniers issus d’Alsace-Lorraine peuvent être libérés s’ils reconnaissent être « deutschstämmig » (d’origine allemande).
Ce certificat de libération correspond exactement à ce mécanisme :
– Le texte précise que le prisonnier Duval René est « als deutschstämmig erachtete » (considéré comme d’origine allemande).
– La base juridique est notée sur la ligne supérieure : « Nachweis über Deutschstämmigkeit, Ausweise oder glaubhafte Angaben » (preuve de germanité, papiers d’identité ou déclarations crédibles).
– En échange de cette reconnaissance, il est « aus der deutschen Kriegsgefangenschaft entlassen », c’est-à-dire libéré de son statut de prisonnier de guerre.
Concrètement, pour un Mosellan comme René Duval, cela signifie :
– retour en Moselle comme civil soumis au droit allemand;
– obligation d’obéissance aux autorités du Gau (Landkommissar, Ortskommandant, Bürgermeister) mentionnées dans le texte;
– exposition ensuite aux politiques de germanisation forcée (langue, école, administration), et plus tard au risque d’incorporation dans la Wehrmacht ou la Waffen-SS comme « malgré-nous ».
Ce certificat est donc typique des libérations d’Alsaciens-Mosellans « reclassés » comme Allemands d’origine après leur capture en 1940.
L'entrée du Fort de Queleu
La cuisine du camps le 6.2.1941
Une casemate du fort
Le délégué du Comité international de la Croix-Rouge s'entretient avec des hommes de confiance le 6.2.1941