SP 63011 le 13.12.1944,
Ma tendre petite femme et chers petits choux,
Pas de courrier, il doit aller d’où je viens et revenir ici, alors ça demandera du temps.
Tout va bien, j’ai fait deux rêves cette nuit, le premier j’ai rêvé que j’étais seul dans le lit (c’est vrai) le deuxième que j’étais accompagné (ce n’est pas vrai), je préfèrerais bien mieux rêver de ma petite femme comme cela m’arrive assez souvent.
Toi ma chérie, rêves-tu ? de moi ou d’un autre ?... C’est si beau de rêver de ceux qu’on aime, j’aimerai aussi rêver que je joue avec mon fils ou la fille.
Je réponds à ta lettre du 21.11. Tu as été bien fatiguée le 21 ma chérie, fais attention ma petite chérie. Notre gamin casse tous ses jouets, c’est un dur des durs, il ne va casser les quilles que je lui envoie, à propos l’adjudant est seulement parti hier avec le colis, avant qu’il le dépose à Alger, que tu reçoives, Noel et l’An seront passés. Notre fille aura une belle Noel, c’est bien, ça va l’émuler.
Tu te payes du vin chaud bien sucré, c’est bien ma chérie. Le sucre que je t’ai envoyé, tu ne m’as pas dit si cela t’avait fait du bien, as-tu encore des bonbons, écris-tu à Agadir je voudrai bien savoir si mon colis de bonbons leur est arrivé. Salanne et Obey, que font-ils à Ouezzane ?
Le fiston se bagarre avec la fille, et se fiche d’elle, puis monsieur se vexe et se sauve, quel drôle de loustic, et moi qui ne le connait pas, c’est bien triste. Je vous embrasse de tout cœur. Courage.
René