Le 2 juin 1944,
Mon mari chéri et papa adoré,
Pas de lettre aujourd’hui, la dernière du 26. Tout va bien, j’espère, la santé et le moral. A la maison ça va pour l’instant, tous ont de l’appétit. Ce midi Jean-Pierre était à table avec nous, il a mangé tout seul avec les doigts des frites et du beefsteak, il s’est drôlement régalé en mangeant la viande, il y allait des deux mains. Il nous faisait des petites grimaces, amusant au possible. La boite à fromages est au 9/10, à eux deux ils l’auront vidée en 1 jour ½, l’un comme l’autre n’en perde pas une miette !!
As-tu reçu mes photos, j’attends ton appréciation. Voici deux jours et deux nuits que nous avons de gros orages, les volets tremblent, hier soir très tard Nicole ne dormait pas encore, elle me disait qu’il tombait des bombes. Pour qu’elle dorme elle est venue coucher avec moi, je n’aime pas beaucoup l’orage non plus mais quand il pleut en même temps comme maintenant ça va, tandis que d’un orage sec je ne suis pas fière du tout.
J’ai toujours de l’occupation et si je voulais me mettre à coudre maintenant j’aurai beaucoup de travail pour nous. Je n’ai plus tellement mais dès que Mme Gerard remonte de RABAT j’en aurai beaucoup pour elle.
Nous sommes le 2 et le 1er juillet je pars en vacances, il ne faut pas s’amuser. En ce moment, les enfants font la sieste, ils dorment bien sagement. Moi j’ai mes règles, ça marche très très bien.
Le ciel est couvert, le BAN HELLAL fume, il fait froid et humide mais gare après ces orages, nous aurons chaud !
Je voulais soufrer la maison mais à 800fr le kilo de soufre au marché noir, il n’en est plus question. Si dans quelques temps, tu peux nous faire un beau colis de bonbons si tu trouvais même à en acheter, tu nous l’adresserais à AGADIR, car il y aura quelques petites bouches à satisfaire !
Bon courage et à bientôt mon petit mari. Toute notre tendresse et nos pensées pour toi.
Bons baisers
Jean-Pierre, Nicole, Marie-Thérèse