SP63011 le 17.01.1945,
Ma petite femme chérie et petits enfants aimés,
Hier une lettre du 29 qui est venue après d’autres, il nous faut prendre ce qui arrive. Merci ma chérie du compliment pour la photo, tu ne me parles pas de mon petit ventre, ça se voit un peu, il est un peu parti maintenant car on mange moins et moins bon, ceci n’est rien, tu sais bien que j’aurais peur d’avoir du ventre, je laisse cela à d’autres.
Pourquoi ma chérie ne me relates-tu pas, en résumé du moins, les discussions que tu as avec les femmes de sous-officiers de là-bas. Je ne savais pas ma chérie que tu avais donné nos couvertures avant de partir de France, ça c’est une belle gaffe, tu ne me l’avais pas dit, plus aucune même pas la piquée que j’aimais tant lors de notre jeune temps de mariage, tu en as fait des cagettes, horloge, descente de lit, etc, etc, pauvre chérie à quoi as-tu pensé en agissant ainsi….
Pour une tenture arabe et un beau plateau, ça il nous en faudra un avant de quitter le Maroc, inch allah. Tu aurais dépensé 4900frs en décembre, bon sang, c’est une paille, mais tu as acheté une Noel, c’est bien triste ce qu’on dépense comme argent. Tu t’amuses avec le fils, tu en as de la chance et le monsieur te fait bien rire, ça doit être rigolo, pauvre vie que je mène et je n’en vois pas la fin. Là, il grossirait à vue d’œil et serait un gros plein de soupe, oh ! pas à ce point quand même. Notre fille se désole avec, ça doit être un drôle en effet.
Il est 17h15 et j’ai froid même prêt du feu, il n’a gelé que -8 cette dernière nuit, n’empêche que la journée a été très froide, plutôt humide, le temps va changer je crois.
Ton petit mari et papa qui vous aime et vous embrasse bien tendrement de très loin.
Courage et patience.
René