Le 19 décembre 1944,
Mon mari chéri et papa adoré,
Je suis énervée, tu ne peux t’imaginer avec ces gosses, pour ne pas taper, je crie et je me rends malade, ce soir c’est Jean-Pierre, ce matin Nicole.
Pas de lettre de mon petit mari aujourd’hui 19, ta dernière était du 7 ce qui fait 12 jours, je te dirais que tout le monde est pareil.
Une lettre de Mme Dubois, qui ne monte pas, elle n’a pas pu avoir son sauf-conduit, c’est très difficile à cause l’histoire espagnole.
3è Noel seule avec les enfants, j’espère que c’est le dernier car il y en a plus qu’assez, elle me demande que je descende avec les gosses pour coucher, c’est trop ennuyeux, je tâcherai de descendre avant qu’elle ne parte en France car elle a demandé pour le début de l’année.
En ce moment, Nicole fait des décalcomanies. Jean-Pierre veut en faire autant, il l’embête, il faut voir, il a des bouts de papier qu’il mouille avec son petit doigt, il s’en donne à cœur joie.
Nous allons souper et je les mettrai au lit, là seulement je respire. Je suis allée chercher deux paires de chaussettes en laine pour toi à la fraternité de guerre, je vais te faire un petit colis.
A quand la perm ? vivement, et après le départ !...
Je termine mon petit mari, demain, je t’attends le facteur avec impatience.
Douces caresses, tendresse et baisers de très loin.
Jean-Pierre, Nicole, Marie-Thérèse