Lundi 12 février 1940 à 17h10
Ma petite femme et fille chérie,
Ma petite femme je suis désolé, toujours rien. A force de compter, de t'attendre et te guetter à tout instant je m'en lasse et je commence à désespérer te voir un jour ici.
Il y aura bientôt 15 jours que tu es arrivée à METZ, tu devais venir me voir le lendemain de ton arrivée, nous voilà le 12 et tu n'es pas encore dans mes bras qui pourtant attendent à te serre entre eux.
Si tu as été à METZ samedi et que ce n'était pas prêt, tu aurais dû risquer à venir sans papiers, advienne que pourra, en voilà des histoires et du temps pour avoir un maudit papier. Hier dimanche je comptais bien sur toi, aujourd'hui encore plus, que de fois j'ai scruté la route par laquelle tu apparaîtrais et toujours rien.
Sur ta dernière lettre ma chérie, tu me donnais un grand espoir, tu me disais « quand tu auras cette lettre peut-être aurai-je déjà vu mon petit mari ».
Mais c’était un espoir comme tant d’autres qui ne devait pas se réaliser. Il fait bien froid dehors, il gèle fort et le vent souffle fort, nous avons sorti notre literie aujourd’hui, il faisait un soleil avec un vent piquant, juste ce qu’il faut pour tuer les microbes, je viens de rentrer la mienne, elle est bien froide mais elle sera vite chaude lorsque je serai dedans. J’espère que vous n’avez pas froid là-bas, où couches-tu, et la poule.
Elle joue à la cuisine bien entendu, toujours aussi mignonne.
As-tu passé un bon dimanche à la maison, probablement, car se promener par ce froid. Ma chérie, tu me dis que ta santé va tout doux, cela ne veut rien dire ou rien d’affirmatif, dis-moi plutôt moi et la poule nous sommes en bonne santé.
Moi, je suis en bonne santé sauf mon engelure qui me fait bien mal, ma chaussure ou ma pantoufle porte juste dessus, ce qui fait bien mal.
Pour qui tricotes-tu ma chérie et quoi ? As-tu fait le nécessaire pour prolonger ton sauf conduit ? oui j’espère. Et à LA MAXE as-tu déjà donné signe de vie ? il ne faut pas que tu restes toujours à PLAPPEVILLE, n’est-ce pas ma chérie ?
Je termine avec l’espoir que ma lettre vous trouvera en bonne santé. Je compte une lettre ce soir m’annonçant ton arrivée demain ou mercredi au plus tard.
Ton gentil mari qui t’attend impatiemment et vous aime bien tendrement toutes les deux.
Bons et tendres baisers en attendant les vrais les réels les sublimes baisers d’un mari et d’une gentille petite femme qui s’aiment tendrement et qui chérissent tant leur bon trésor.
A tout bientôt
Bons bécots à notre poule
Le bonjour à toute la famille
Ton mignon René