Le 28 juillet 1945
Mon mari chéri, et petit papa,
Ce matin, en même temps que ta lettre du 18, une de papa m’annonçant la mort de Lucienne, je ne puis y croire à 27 ans !! 4 gosses, c’est épouvantable, j’en suis bouleversée. De quoi peut-elle être morte ?
J’ai hâte de le savoir, mais je ne serais pas étonnée que ce soit d’une fausse couche, avec son oiseau !
Ma petite tante va avoir certainement les enfants, ils n’auront donc que misères sur misères ? ce n’est pas possible.
Nous sommes le 28, ce matin 7 ont été prévenues qu’elles partaient le 4 août, il y en a dans le nombre qui passent avant moi, je suis allée à la place et ils m’ont dit qu’ils allaient voir ça, je partirai certainement vers le 10. On atterrit soit à Marignane soit à Istres, je verrai si je peux le savoir, en étant prévenu assez longtemps d’avance tu pourrais être à Marseille, si je ne peux te dire où se fera l’atterrissage tu pourrais le demander aux services sociaux à Marseille. De toutes façons, si je ne te vois pas à Marseille je monte à Paris directement.
Je suis tout anéantie de la mort de Lucienne. Le malheur frappe à toutes les portes. Je vais tous les jours à l’hôpital pour ma cheville, ce matin le toubib m’a coupé les cloques, enlevé des peaux, j’en avais chaud !
A bientôt mon petit mari chéri
Caresses et tendresse
Marie Thérèse