SP63011 le 11.02.1945,
Ma petite femme chérie et chers petits enfants,
Aujourd’hui dimanche, triste journée, il pleut. Je suis allé à la messe ce matin dans une grande et belle église d’Alsace, elle a reçu quelques coups mais sans gravité c’est heureux car elle est jolie. Je suis en bonne santé, tout va bien à bord. Maintenant tout le Haut Rhin est libéré, les gens d’ici respirent, ils ne reviendront plus, vivement la libération du Bas Rhin et de la droite de la Moselle. Les drapeaux reflottent avec fierté, les funestes emblèmes boches ont vite disparu, les rues changent vite de nom, le plus long sera le ravitaillement qui sera rare et assez long à venir.
J’ai reçu une lettre de La Penne, les bonnes gens, ils me demandent sur chaque lettre ce dont j’ai besoin et cette fois ils veulent m’envoyer quelque chose à moi ou à toi, je suis très gêné d’accepter et je sais qu’en refusant je vais les vexer. Ma chérie tu m’avais promis de leur écrire et je vois tu n’as pas encore mis ton projet à exécution, ce n’est pas gentil car j’ai été si bien reçu.
Il fait un temps magnifique à Ouezzane, tant mieux pour vous, dommage qu’on n’a pas ce temps-là ici, la fin de la guerre approcherait plus vite.
Notre gamin est toujours plus dégourdi, il fait le perroquet, quel drôle, tu dois bien en rire.
Ton petit mari et papa qui vous aime et vous embrasse bien tendrement de loin.
René