SP63011 le 27.12.1944,
Ma petite femme chérie et chers petits enfants,
J’ai reçu hier deux lettres du 13 et 15 avec grand plaisir puis une carte de Gérard m’annonçant la mort de Betsch, le pauvre et c’est toi ma chérie qui est chargée de l’annoncer aux deux femmes, c’est une triste et ingrate corvée à faire, comment vas-tu t’y prendre, je ne voudrai pas le faire.
Pauvre Mme Betsch, tu lui présenteras, quelques jours après mes sincères condoléances. Tu as bien veillé tard ces quelques jours ma chérie, tu te sens forte et tu en abuses ma chérie. Ma chérie, tu me reproches encore que je ne te dis jamais où je suis, si les autres le disent, moi je ne puis, je ne tiens pas à avoir un blâme ou à être cassé pour une indiscrétion de cette nature.
Tu as bien raison de dire « qu’il y en a trop peu qui souffre cruellement » pour tant d’autres qui se pavanent chez eux au coin du feu. Nous ne sommes pas des privilégiés, avec cela la solde est presque inférieure à la leur. Que veux-tu y faire. Tu te lamentes de nouveau sur ton rapatriement, non ma chérie tu te fais du mal d’y penser ainsi. Le chauffage je comprends c’est la plus grosse question, mais diable il y en a bien qui y arrivent, pour le ravitaillement c’est sûrement mieux et moins cher que là-bas, c’est déjà un bon point de moins.
Nicole a perdu son appétit de nouveau, se serait les fatigues de l’école. Le fils c’est le contraire, lui a trop de sang, trop de vigueur, quel loustic, nous avons là.
Courage et à bientôt, oh ! j’appelle bientôt peut-être 2 ou 3 mois, c’est bien triste.
Ton petit mari et papa qui vous embrasse bien tendrement de loin.
René