SP63011 le 31.01.1945,
Ma belle petite femme et chers petits enfants,
Aujourd’hui trente et un janvier, déjà un mois de l’année de passé, espérons que février nous apportera la décision tant attendue, ici les gens comptent sur un armistice en février, si seulement ils pourraient dire vrai, moi j’y compte fort.
Pas de lettre aujourd’hui, ta dernière lettre date du 17. Je vous espère tous trois en bonne santé, moi ça va très bien. J’ai passé une très bonne nuit, couché à 20h, bouquiné un peu, ici pas d’agrément, alors on se couche de bonne heure. Vers deux heures du matin, je me suis éveillé et dehors les gouttières tombaient, il dégelait, j’étais content, on avait bien assez de la neige, enfin j’ai redormi un peu et me suis levé à 8h, je veux me laver, l’eau était encore gelée, je me suis lavé les yeux et suis parti au service pour me laver et raser un peu plus tard.
Dehors quelle bouillie sur les routes, les pauvres piétons en savent quelque chose, tu penses les caniveaux sont bouchés, l’eau reste sur la route, tu vois le tableau lorsque passe une voiture à toute allure.
J’ai reçu enfin une lettre de Chaillet, il est en bonne santé, est allé en permission chez sa mère et a trouvé toute sa famille en bonne santé. Il me dit t’avoir écrit le même jour que moi. Il espère bientôt passe adjudant, le paresseux, s’il avait voulu se donner un peu de peine il aurait pu passer sous-lieutenant.
Je vais te mettre quelques timbres d’Hitler.
Je vais terminer ma petite lettre en vous embrassant bien tendrement de très loin.
Courage et patience.
René