Le 20.04.1945
A ma chère tendresse et chers petits chéris,
Pas de lettre aujourd’hui et changement de décor, on a déménagé pour aller un peu plus haut, on est tombé dans une imprimerie intacte, c’est inouï ce qu’il peut y avoir comme papier et machine en état : pochette, papier de toute sorte. La fabrique était inoccupée on s’est un peu servi. Ce papier est bien boche, il est très beau, je vais pouvoir t’écrire sur du beau papier qui j’espère te fera quand même plaisir.
On nous parlait à tout instant que les boches crevaient de faim, je crois qu’on nous a bien leurré, rien ne nous le fait constaté, les boches sont en bonne santé, rien ne semble leur manquer, volailles, conserves, tissus etc…. Ils ont été moins malheureux que beaucoup de Français et d’Africains.
Je suis en bonne santé, tout va bien, pourvu que cela continu et que la permission approche bien vite, et que je vous trouve tous les trois en parfaite santé, un bon moral et une patience suffisante à attendre le retour qui j’espère ne pourra tarder bien longtemps.
J’oubliais de te dire que nous rencontrons beaucoup de prisonniers et de travailleurs forcés libérés par l’avance, que les boches n’ont pu emmener avec eux, et qui, avec une bicyclette ou une moto récupérée rentrent tranquillement en France en arborant fièrement les couleurs françaises, aucun boche ne les arrête, c’est drôle comme les rôles ont changé, l’arrogance des boches a disparu sans histoire ni ordres donnés.
Je n’ai pas pu envoyer le colis à Paris comme je l’aurai voulu, le départ précipité m’en a empêché puis quand on change de place, on a toujours un petit retard dans la correspondance, demain j’espère qu’il pourra partir.
Depuis un moment, je n’ai plus de nouvelles de Feuquières, je me demande pourquoi, cependant c’est moi qui ai écrit le dernier, je vais leur écrire de nouveau, et leur demanderai, comme je vais encore t’envoyer des colis et que tu pourrais être partie d’Afrique, je vais les envoyer chez eux, ils me les garderont, et ce sera toujours cela pour toi de moins à ramener d’Afrique, et nous seront plus sûr de les récupérer.
Comment va notre fiston et la grande fille et la chère petite maman ? la santé est bonne j’espère et le moral pour le mieux sans doute. Demain je vais t’envoyer un petit mandat de 1500frs, qu’en feras-tu ? l’utiliseras-tu pour tes dépenses ? ce sera comme tu voudras, tu feras pour le mieux.
Il est 22h, je vais terminer et aller me coucher bien sagement encore tout seul en pensant (une faute…) bien à vous trois.
Bon courage, santé, patience et à bientôt j’espère.
Ton petit mari et papa qui vous aime et vous embrasse affectueusement de très loin !
René
Je ne relie pas, tu me diras si j’ai des fautes.
XXXXXXXXX YYYYYYYYY BAISERS !