SP63011 le 15.11.1944
Ma tendre petite femme et beaux petits enfants,
Je reçois une lettre du 3 ma chérie, ça revient, mais il m’en manque. Vous êtes en bonne santé, tout va bien, j’en suis bien heureux. Le fils fait des siennes, ne se laisse pas faire, il ne grandit pas en sagesse mais en te faisant des tours. Comme j’aimerai le voir ainsi, mais quand en aurais-je ce grand bonheur.
Tu souffres toujours un peu pour le premier jour des règles, ma pauvre chérie et tu dois aller te coucher, combien cela te dure ces règles ?
Tâche de ne pas gâcher les pellicules ma chérie, c’est bien une veine d’en avoir une. Tu feras vite pour me les envoyer, as-tu du soleil pour en prendre ? Tu aurais dû m’envoyer la photo de Chambly, rien que la voir, je te la renverrai aussitôt. Maman va pouvoir aller à Feuquières, tant mieux elle rapportera des nouvelles de notre mobilier. A Paris, le ravitaillement est dur et pas beaucoup de charbon. … y est allé avec sa belle, je voudrais bien savoir comment ça a été.
Il fait froid ici, il a bien gelé, mais c’est un froid sec. Hier ma chérie je me suis payé une journée à Chambéry. Je t’ai acheté un catalogue de tricot et un de mode, je vois que cela fera ton affaire, maintenant si tu veux des patrons, mais voilà je ne connais pas tes goûts et ce que tu veux. Je les envoie aujourd’hui. Je suis allé au cinéma en matinée et au théâtre en soirée, j’ai vu Carmen, oh ! tu sais c’est une troupe très quelconque, je crois que c’est mieux à Paris, enfin cela m’a fait une belle journée mais que d’argent pour passer une modeste journée, je pourrais bien t’en envoyer mais ça part tellement vite. Je suis rentré en Jeep et il était 1h du matin.
Nous sommes au 15, bientôt Noel et Nouvel an, qu’allons-nous nous souhaiter ma chérie ? premièrement la santé et une permission, la fin de la guerre au plus tôt et que nous soyons ensemble, le bonheur ensemble, nous le ferons avec nos deux chers enfants. Cela va être bien triste pour toi cette fin d’année, moi j’en ai peur, où serons-nous, ici peut-être où en Alsace, je ne préfèrerai pas ici, ils ne ravitaillent pas comme ça chez nous. Je te souhaite de le passer le mieux possible avec nos chéris.
Sur ta lettre du 23 tu avais dit que tu avais une angine, pas grosse car les lettres suivantes tu ne n’en parlais plus, fais attention ma chérie. Tu as fait les rois et c’est notre fiston qui a été élu, c’était le roi des loustics, des durs, le bon diable. Tu es tombée deux fois dans les pommes, qu’as-tu ma chérie, tu es trop surmenée ma pauvre petite femme, tu dois t’en faire du souci et du tracas, il ne faut pas ma chérie, tu me fais de la peine. Il y a beaucoup de brouillard, tu feras bien attention n’est-ce pas.
J’ai acheté des timbres hier, mais je n’ai pas trouvé ceux que je voulais. Il s’agit d’une série de 5 timbres représentant des cathédrales, ils sont très jolis, puis une série de 19 représentants des coqs de la république, si tu les trouves tu en prendras deux séries de chaque.
Pour le rapatriement on n’entend rien ma chérie, cela m’étonne, on ne s’occupe pas vite de cette grande question. Avec mon tissu tu n’en auras pas assez pour la parure complète, j’avais demandé pour faire tout, tant pis.
Ton petit mari et petit papa qui vous embrasse de très loin.
Courage.
René